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jeudi 3 novembre 2011

Les maladies de l’iris (suite) et les nuisibles

On poursuit aujourd'hui l'inventaire des maladies et des nuisances susceptibles d'atteindre nos plantes préférées.
Mais ceci ne doit pas nous amener à croire que l'on va toutes les rencontrer. Heureusement elles restent rares et pour la plupart, il existe des moyens simples et efficaces de lutte.

Gardons le sourire !

Iris spuria 'Marylin Holloway'


Les spuria sont des iris très élégants et peu sensibles aux maladies)

Les pourritures causées par des champignons

            -la pourriture du rhizome : produite par un champignon appelé Botrytis convoluta elle se traduit par des atteintes de forme sphérique et de couleur noire sur le rhizome. Cette pourriture, à la différence de la pourriture bactérienne n’est pas malodorante
            -la pourriture des racines et du collet : elle est provoquée par un autre champignon : Sclerotium rolfsii. Elle se manifeste par des taches sphériques à la base des feuilles  et entraine bientôt une pourriture du rhizome.
            -la rouille qui se traduit par des taches rougeâtres sur les feuilles  accompagnées d’une décoloration périphérique est une maladie rare sous nos cieux, fréquente en Floride, du fait du climat chaud et humide,  mais particulièrement grave. Elle est causée par un champignon : Puccinia iridis qui attaque plus particulièrement certaines espèces dont les iris spuria, laevigata, ensata, etc. Les taches s’étendent provoquant bientôt la nécrose des feuilles. Mais à la base de l’iris (collet) et ensuite sur le rhizome et les racines, on voit se développer une pourriture accompagnée de filaments blanchâtres (qui sont le mycelium du champignon). Parfois, ce qui rend le diagnostic difficile, cette pourriture est accompagnée d’une atteinte de pourriture bactérienne.

Comment les soigner ?
-       à la plantation, tremper les rhizomes dans une solution javellisée (pour les bactéries) puis après séchage, saupoudrer d’un produit fongicide (comme on le fait pour les bulbes)
-       en cas d’atteinte en cours de végétation, éliminer les plants atteints ou les replanter en pot après traitement fongicide curatif. Les produits les plus efficaces sont aujourd’hui interdits (Benomyl, Zinèbe). On peut essayer les produits à base de Mancozèbe (Dithane M 45). Mais la prévention est préférable au traitement souvent inefficace.

Les autres atteintes bactériennes ou virales :

-       les taches du feuillage causées par une bactérie : Xanthomonas tardicrescens ou «flétrissement bactérien ». Cette maladie présente une similitude avec les  taches provoquées par un champignon, avec un  aspect un peu huileux des taches qui sont de plus grande dimension, brunes avec un centre gris blanchâtre. L’atteinte se produit uniquement par temps doux.

-       le dessèchement des feuilles. C’est une maladie qui sévit aux Etats-Unis et concerne tous les types d’iris, barbus ou non barbus. Peu fréquente en Europe, mais susceptible de se développer avec la multiplication des échanges et malgré les contrôles phyto-sanitaires, elle se caractérise par un déssechement des feuilles qui virent au brun. L’attaque commence par les feuilles centrales pour atteindre ensuite la totalité de la plante. On connaît depuis 2000 l’agent de cette maladie, un organisme de type mycoplasme, une sorte de bactérie sans paroi cellulaire.
Le traitement de cette maladie peu contagieuse mais véhiculée par les pucerons, semble assez simple : exposer les rhizomes contaminés à la chaleur du soleil. L’American Iris Society (AIS) rapporte l’expérience de l’hybrideur bien connu, Paul Black, qui a désinfecté  son sol à l’aide d’un fongicide (Terrachlor) à base de Pentachloronitrobenzene (PCNB). En Europe, le Quintozène (fongicide contenant du PNCB) a été pratiquement partout interdit ou déconseillé, même si certains safraniers continuent de l’utiliser…

Les nuisibles

            Les pucerons

image Wikipedia
Les atteintes directes des pucerons sur les iris sont largement limitées : décoloration locales, déformation des feuilles.
Mais le plus grave, c’est la possible transmission du virus de la mosaïque de l’iris par les pucerons. C’est heureusement une maladie assez rare !
On luttera contre une infestation de pucerons par un arrosage des feuilles au jet fort  pour les éliminer. On peut aussi pulvériser une solution savonneuse.
Les méthodes « bios » consistent à favoriser les coccinelles grandes consommatrices de pucerons. On peut aussi pulvériser du purin d’ortie dilué ou encore du purin de sureau. On peut également planter des œillets d’Inde.
L’élimination des pucerons, vecteur des maladies, est le seul moyen de lutter contre le virus de la mosaïque (avec bien sûr l’élimination des plants contaminés) car il n’existe aucun traitement et le virus peut se propager à toute la plantation

            Les larves de papillon 

Fort heureusement, pour l’heure les ravages de Macronoctua onusta ou  pyrale de l’iris sont limités aux Etats Unis et au Canada. Le papillon (un papillon nocturene) pond ses œufs dans les feuilles Ceux-ci donnent naissance à des larves blanchâtres qui vont dévorer les feuilles leur occasionnant une véritable dentelure avant de pénétrer dans le rhizome et véhiculer toutes sortes de nuisances.
Le traitement préventif est le même que pour les attaques fongiques ou bactériennes. Dès que le rhizome est atteint, il convient d’éliminer les plants. Les normes phytosanitaires imposées par l’U.E. devraient permettre d’éviter la propagation de cette peste sur notre continent. Néanmoins, la présence de ce ravageur a été signalée en Ile de France en 2010. Il convient donc d'être prudent avec les acquisitions d'iris en provenance de l'étranger (et notamment d'Amérique du Nord). Bien inspecter les plants examiner toute galerie suspecte et plonger les plants à réception dans une solution désinfectante. Il faut absolument éviter de propager cette peste qui peut faire des ravages considérables aux plantations.
Le traitement biologique par une nématode, le Steinernema carpocapsae qui s'attaque aux larves pourrait être efficace à l'avenir .

Sur ce sujet voir le diaporama : http://www.djibnet.com/photo/macronoctua+onusta/?vm=d


          Les cochenilles

Elles s’attaquent parfois, quoiqu’assez rarement, aux feuilles. Les éliminer en lavant la feuille avec une éponge.

            Les limaces

Leurs ravages interviennent sur les jeunes pousses (feuilles dévorées) et semis, mais aussi sur les jeunes tiges et les boutons floraux. On attend avec impatience l'éclosion d'un nouvel iris et un beau matin on ramasse la tige coupée par une limace vorace.
Un moyen simple et écologique consiste à entourer les touffes de cendres de bois qui repoussent les limaces tout en constituant un fertisant utile car riche en phosphore et en potasse. Sinon les pièges à limaces traditionnels (coupelle avec de la bière, pastilles de métaldéhyde etc…) sont très efficaces.

            Les oiseaux

Cela concerne surtout les iris plantés en pots ou les semis résultant de vos hybridations : les merles se font un plaisir de venir gratter la terre pour y trouver larves, vers et insectes et viennent ruiner votre travail. Sauf, comme en Corse, à en faire du pâté (de merle), la solution consiste à protéger les plantations par un filet.

            Les taupes

image Wikipedia
Ces animaux utiles, qui se nourrissent de larves, constituent néanmoins un hôte indésirable de nos plantations. Les galeries creusées sous les rhizomes créent des poches d’air qui nuisant au développement des racines peuvent provoquer ce que les Américains appellent « bloom out » : absence de floraison et de développement de nouvelles pousses avec à la clé la disparition de la plante.
Solution : piéger les taupes ou émigrer vers l’Irlande ou selon l’A.I.S., il n’y a pas de taupes !

Les précautions à prendre pour limiter les maladies et leur propagation

Il faut essayer de comprendre ce qui les favorise et l’éviter

1-Traiter toute nouvelle acquisition comme suspecte :

            Chaque rhizome acquis par achat ou par échange devrait a priori être considéré comme «suspect», même si dans la culture du fournisseur il n’y a pas de maladie déclarée.
•Melba Hamblen, célèbre hybrideuse américaine me conseillait, il y a vingt ans, de laisser sécher plusieurs jours au soleil les rhizomes avant de les planter. Conseil avisé, le soleil étant un puissant bactéricide. Souvent on hésite à le faire, moi le premier, parce qu’on craint que les racines ayant séché, le plant ne reparte pas convenablement. Pour m’éviter ces états d’âme, Melba m’envoyait ses rhizomes ayant déjà subi cette épreuve au soleil de l’Utah.
•Il est également utile, après ce traitement (ou en l’absence de celui-ci) de faire tremper les rhizomes dans une solution javellisée à 10% qui détruira les bactéries.
•Il me paraît bon, quand c’est possible, de faire subir aux nouveaux venus une sorte de «quarantaine » en les plantant à l’écart des autres plantations pour observation la première année.

2- Eviter, autant que possible, la « monoculture ».

Beaucoup d’infestations proviennent dans le monde végétal comme animal d’une trop grande promiscuité. La « monoculture » favorise le développement de nuisances spécifiques à l’espèce. D’où l’intérêt d’un jardin avec des cultures diverses. On peut même associer aux iris des plantes connues pour leur utilité dans la lutte biologique (les œillets d’Inde par exemple)

3-Nettoyer soigneusement les plantations

Couper et détruire à l’automne les feuilles tachées. Ne pas les laisser trainer sur le sol. Les bruler. 
Désinfecter les outils ayant servi à couper ou nettoyer des plantes infectées. Se laver les mains

4-Planter les iris dans un sol soigneusement préparé en respectant quelques précautions :

            •on choisira un emplacement ensoleillé (au moins une demi-journée d’ensoleillement)
            •Le sol devant accueillir les plantes aura été convenablement désherbé. La méthode « bio » consiste à épandre sur le sol à l’automne un épais paillis (feuilles, bois raméal fragmenté (BRF), tiges de lin ou de chanvre broyées, etc. en évitant les paillis acidifiant (écorces de résineux) ou susceptibles d’un apport d’azote trop important (cosses de cacao). Ce paillis sera enfoui après décomposition au printemps. L’avantage c’est qu’il évite le lessivage des sols (qui entraîne l’humus en profondeur) et détruit la plupart des mauvaises herbes sous-jacentes.
            •On veillera à l’équilibre du sol  et à son drainage : les iris de jardin (iris barbus) craignent les sols trop acides et l’humidité stagnante.
            •On évitera de planter trop serré en tenant compte du développement futur des plantes
            •Si l’on veut constituer une plate-bande mixte, c’est à dire associer aux iris d’autres végétaux, on espacera encore plus les plants de sorte que le feuillage des autres plantes ne fassent pas trop d’ombre aux iris et on choisira des plantes pas trop exubérantes.

5-Eviter de multiplier les façons culturales

            Cette dernière précaution va sembler bien curieuse. En effet, les iris peuvent souffrir de « trop de soins ».
            J’ai constaté que les moins atteints de mes iris sont précisément ceux dont je m’occupe le moins et que je dérange le moins possible. Comment expliquer ce phénomène ? A trop vouloir bien faire (sarclages répétés pour enlever les adventices, incorporation d’humus ou d’engrais etc.) on favorise les blessures des racines, voie ouverte à l’infection ; on stimule la vie bactérienne, on modifie les équilibres du sol, bref on favorise la prolifération de nuisances que l’on n’est plus en mesure de contrôler. Un conseil donc, une fois toutes les précautions élémentaires prises, oubliez un temps vos iris ! !

Ainsi, vous pourrez avoir de belles fleurs, comme celle-ci :

Conjuration (Byers 1988) Une variété vigoureuse et prolifique

La semaine prochaine, le temps sera venu de s'occuper du sol pour les prochaines plantations : comment connaître sa nature, ses besoins, comment le travailler…

7 commentaires:

  1. Bonjour,
    J'ai un nouvel ennemi des iris à vous proposer, et je ne sais absolument pas de quoi il s'agit :

    https://www.flickr.com/photos/zios27-photo/17459817183/

    C'est la première fois que l'on trouve cet insecte dans la région semble-t-il; il fait moins de 3 mm, et laisse des stigmates sur toutes les feuilles. On trouve des sortes de "mues" à coté des individus bien vivants qui s'attaquent au feuilles en laissant de profonds stigmates. Qui sont ces visiteurs indésirables ? Comment les combattre ? Merci d'avance.

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    1. Je suis un peu comme vous : jamais vu jusqu'alors ce type d'insecte (et pourtant je suis plutôt gâté).
      Je vais faire une recherche plus approfondie et demander sur le forum de la SFIB si quelqu'un connait

      A bientôt

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    2. Cet insecte vert ressemble à une cicadelle.

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    3. Merci. En effet cela pourrait être une des nombreuses forme de citadelle. Dévoreuse de feuilles, elle peut aussi transmettre des maladies (flavescence dorée pour la vigne, bactérie Xylella fastidiosa pour l'olivier)

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    4. cicadelle (et pas citadelle !)
      Ah les correcteurs automatiques…

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  2. Merci. Je prends contact avec la SFIB et leur envoie la photo.Si vous obtenez des réponses, je suis preneuse !

    Cordialement

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    1. J'ai mis un mot sur le forum de la SFIB.
      Il y a une autre solution, c'est d'envoyer la photo au Museum d'Histoire Naturelle à Paris. Je l'avais fait il y a une dizaine d'années pour un insecte inconnu et à l'époque ils avaient pu l'identifier. Je ne sais pas s'ils le font toujours.
      Cordialement

      Gérard

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