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jeudi 20 octobre 2011

LES MALADIES DE L'IRIS (1)


 
'Shaun Emmerson' Emmerson 2007 
Les maladies de l'iris

L’iris est nous dit-on une plante robuste, peu souvent malade. C’est vrai. Dans la plupart des jardins, leur culture ne pose aucun problème. C'est une plante réputée "increvable" et cette réputation n'est pas surfaite. Nous avons retrouvé, "oubliés" pendant un an dans un sac de terreau des tronçons de rhizomes qui non seulement n'étaient pas morts mais avaient fait des pousses.
Plante sans soucis ? Sans doute. Et pourtant…

Certains amateurs déplorent déjà qu’après la floraison, leur jardin d’iris ressemble à un champ de poireaux, mais quand en plus ces « poireaux » sont tout bruns ou tavelés, ce n’est vraiment pas la fête. Et cette maladie dite des « taches du feuillage », si elle est la plus fréquente n’est certainement pas la plus grave.
On peut rester des années sans voir de dommages particuliers à ses plantations, puis un jour, comme chez moi cet été se multiplier les cas de pourriture qui menacent la survie de variétés acquises à grand frais.
Pourquoi ? Y a-t-il quelque chose à faire ?
A la suite d'expériences relatées sur le forum de la SFIB (http://www.iris-bulbeuses.org/) j'ai cru utile pour tous de relater ces problèmes et d'essayer de proposer des moyens de protection.



La maladie des taches du feuillage ou « hétérosporiose »

Cette "maladie" est la plus spectaculaire, parce qu'elle se voit et donne à la plate-bande un aspect désagréable et au jardinier la réputation d'être peu soigneux. Pourtant ce n'est pas la plus grave et de loin. Cependant, si elle n'est pas soignée, elle peut se répandre et à terme entraver la bonne croissance des plants.

Les différents stades de la maladie

Elle se manifeste d'abord, souvent après une pluie, par l'apparition de petites taches vert foncé, bientôt brunes sur le feuillage suivies d'une décoloration de la zone périphérique :


Puis cela s'étend à l'ensemble de la feuille. Les taches deviennent brun foncé et toute la feuille se déssèche :





Quelle est donc l'agent provocateur de cette maladie ?


Il s'agit d'un champignon (dit "inférieur" parce que ne portant pas de carpophore) : l'hétérosporium iridis. Les taches pustulaires sont les fructifications de ce champignon, qui se conserve dans la terre lorsque les feuilles tombent au sol et est projeté sur d'autres plantes à l'occasion d'une pluie ou d'un arrosage.
Cette maladie, si elle n'est pas mortelle, n'en est pas moins handicapante (en dehors de son aspect inesthétique), car détruisant la chlorophylle, elle réduit la surface des feuilles intervenant dans la photosynthèse. En un mot, cela peut nuire à la bonne croissance de la plante et à sa reproduction.

Quels sont les moyens de lutte :
            - Ils sont d'abord préventifs
On plantera sur un sol propre n'ayant pas porté d'iris depuis au moins deux ans.
On évitera d'arroser le feuillage. D'ailleurs les iris n'ont pas besoin (en dehors de la plantation et de très fortes sécheresses) d'arrosage. On ramassera et on détruira (en les brulant) toutes les feuilles infectées.
On traitera au printemps puis 3 à 4 fois jusqu'en automne avec une solution fongicide (Dithane, Manèbe, Zinèbe) voire à la bouillie bordelaise. Les jardiniers "bios" se contenteront de ce dernier traitement. [Une remarque importante : l'eau a tendance à glisser sur les feuilles de l'iris, rendant le traitement moins efficace. On ajoutera à la solution un 'agent mouillant'. Une cuillérée à café de liquide vaisselle du commerce fera parfaitement l'affaire].
                       -Ils sont enfin curatifs :
Dès l'apparition des taches, il convient de couper les feuilles en dessous des attaques et bruler les feuilles. Surtout ne pas les laisser traîner sur le sol, où le champignon se conserverait.

Ici, sur la photo, l'attaque est importante : il faudra couper court. De préférence à l'automne.

Certains jardiniers décident, pour éviter le spectacle peu apétissant des feuilles tachées de couper préventivement les feuilles après la floraison. Si cela ne met pas en cause la vie de la plante, c'est une méthode déconseillée car les feuilles sont indispensables à la photosynthèse qui contribue à la nourriture du rhizome. On attendra donc pour couper, la fin de la saison végétative (octobre, novembre)

La pourriture bactérienne

Cette maladie est heureusement assez rare mais si elle n'est pas traitée à temps, elle est mortelle pour l'iris, voire pour la touffe et peut à terme gagner toute la plate-bande.

            Une « peste » caractéristique

Le symptôme est connu : la plante magnifique la veille présente un noircissement des feuilles (en 24 ou 48 h dans le pire des cas) qui se détachent en tirant dessus, révélant une pourriture au niveau du rhizome accompagnée d’une odeur nauséabonde. Si l’on n’intervient pas, en quelques jours la plante est morte et la maladie risque de se propager alentours.




La propagation semble se faire de deux manières :


     -à partir d'une atteinte du feuillage comme ci-dessus. La pourriture descend et gagne le rhizome bientôt transformé en une purée gluante.
     -à partir du rhizome. L'atteinte est plus difficile à distinguer, car lorsqu'on s'en rend compte le futur bourgeon floral a été détruit.


         Origine et propagation

On connaît bien l’agent provocateur de cette maladie : Erwinia carotovora, une bactérie du genre entérobactérie qui cause de sérieux dégâts dans les cultures de carottes (d’où son nom), de pommes de terre, de navets, de betteraves, etc. Cette bactérie agit par sécrètion d’enzymes, notamment des pectates lyases, qui hydrolysent les tissus et dégradent la cellulose engendrant la mort des cellules des rhizomes.
Cette bactérie peut être présente dans le sol et pénétrer dans le rhizome par une blessure, par un trou provoqué par des larves (taupins) etc.
Elle peut peut-être aussi être véhiculée par des insectes au niveau du feuillage. Lawrence Ransom considère que des mouches drosophiles (qui prolifèrent à proximité des figuiers, se nourrissant des figues tombées au sol) peuvent en être un vecteur.
Cela étant, il faut des conditions favorables à sa prolifération : une tempéraure élevée et une atmosphère humide. On constate également (cela a été confirmé sur les cultures de choux) que la richesse du sol en azote est un facteur favorisant.


Peut-être y a-t-il d'autres facteurs de propagation. Nous ne les connaissons sans doute pas tous, parce que cette maladie est relativement rare et que ceux chez qui elle frappe, ne sont pas forcément soucieux de communiquer, surtout s'il s'agit de professionnels. Votre expérience est la bienvenue et vous pouvez laisser un commentaire dont nous ferons profiter tout le monde !


        Les précautions et les traitements.


Comme il n'existe aucun traitement général et spécifique, il faut insister ici aussi sur la prévention :
     -le choix du sol : les anciens potagers et les anciennes prairies sont riches en taupins. On évitera donc d'y planter des iris sauf à travailler le sol un ou deux ans à l'avance en le laissant se reposer. On peut aussi répandre un insecticide de sol, mais en étant prudent sur les produits utilisés de manière à ne pas stériliser celui-ci. Le traitement du sol à la vapeur n'est pas à la portée des amateurs.
     -éviter d'utiliser des engrais azotés. Il est préférable d'utiliser des engrais organiques à décomposition lente (corne torréfiée par exemple) ou des engrais riches en phosphore et en potasse.
     -ne pas planter trop serré pour limiter la propagation de la maladie
     -ne pas trop enterrer le rhizome. Il doit affleurer 
     -éviter les arrosages inutiles
     -enfin, sauf récoltes des graines après hybridation, couper près du rhizomes les tiges ayant fleuri et enlever les 'mauvaises herbes' qui empêchent la pénétration de la lumière du soleil.
     -en traitement préventif, on peut simplement conseiller la bouillie bordelaise, car les bactéries n'aiment pas trop le cuivre.

Si malgré toutes ces précautions la maladie se déclare, et c'est hélas parfois le cas, il faut intervenir rapidement.

        Soigner pour sauver


On peut sauver les iris atteints, contrairement à ce qu'on lit parfois, en tout cas sinon la floraison prochaine, du moins la descendance.
Il y a différents niveaux de traitement selon l'ampleur du problème et la valeur attribuée à la plante.

1-Eliminer

Un plant dans une touffe est atteint. On dégage avec un couteau le rhizome atteint, on l'arrache sans états d'âme et on le brule. On désinfecte le sol avec une solution javelisée (1 cuillérée à café par litre) et on évite d'y toucher. On surveille de temps en temps le reste de la touffe.

2-Soigner le malade.

C'est un iris que vous venez d'acheter, il n'a pas eu le temps de se multiplier et vous y tenez beaucoup (surtout quand vous l'avez payé cher). Plusieurs méthodes sont possibles de la plus légère à la plus lourde :

on laisse l'iris en terre, mais on enlève la partie malade en grattant bien de façon à ne laisser aucune partie atteinte. Parfois ce qui reste est peu de chose, mais s'il y a des yeux latéraux, l'iris peut repartir. On n'utilisera cette solution que dans les cas où l'atteinte est faible. Ce nettoyage s'accompagne d'une série d'interventions plus ou moins lourdes :
     -ne rien faire de plus et laisser le soleil (un puissant bactéricide) se charger d'éliminer la bactérie
     -désinfecter la plaie avec une solution de permanganate ou d'eau javelisée ou de liqueur de Dakin. On peut aussi utiliser les solutions antiseptiques (polyvidone iodé type Bétadine ou chlorhexidine type Hibiscrub) auxquelles les bactéries Gram négatif comme Erwinia sont sensibles.

on retire l'iris atteint avec comme objectif de l'isoler en pot pour mieux le surveiller et on procède comme précedemment.
On peut ensuite, après sèchage, enduire la plaie d'une pommade antibiotique si on en possède.

Dans tous les cas, il faut surveiller la plante et ne pas hésiter à renouveler l'opération en cas de persistance de l'affection.
Par ces méthodes, je suis parvenu à guérir 80% des plantes infectées. Si vous avez d'autres solutions laissez nous un commentaire


            

6 commentaires:

  1. Bravo ! C'est super-intéressant. Continue.

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  2. La photo publiée sous le nom de 'Set to Music' ne correspond pas à la description de la variété.

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  3. C'est corrigé.
    Désolé de cette erreur lors de l'importation de la photo

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  4. Ah la la ! c'est la galère cette maladie (la pourriture) ! et quand le rhizome est mou en entier, c'est fichu ?
    en tout cas merci pour cet article intéressant...

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  5. Merci beaucoup pour ces informations ! Cette année c'est presque toutes les plantes du jardin qui sont malades. ..c'est la galère. Vu ce que vous avez écrit je vais déterrer tous les iris dont les rizommes sont pourris pour éviter que cela se propage ! Merci 😊

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  6. Merci à vous.
    Vous trouverez plus d'informations à cette adresse :
    http://www.iris-bulbeuses.org/Download/Principales%20maladies%20des%20Iris.pdf

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