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jeudi 20 septembre 2012

Travaux d'automne

Un long silence

Plusieurs mois sans une seule publication méritent quelques mots d'explication.
Contrairement à ce que j'espérais, Erwinia "bouffe-carottes" (Erwinia Carotovora) ne m'a pas laissé de répit et a infecté de nouveaux massifs, ce qui m'a obligé à un important travail dans le jardin, achevé hier.
Ça n'a pas contribué à me réchauffer le moral et les péripéties face à cet ennemi rapproché m'ont fortement interpellé. Dans un blog qui est censé fournir des conseils sur la culture des iris, que dire qui ne sera pas invalidé par l'amer constat des échecs, quelques jours ou quelques semaines plus tard. J'y reviendrai plus loin…
J'avais entrepris aussi une réflexion sur la génétique et l'hybridation des iris, mais j'avais sous-estimé le travail à accomplir avant d'en maîtriser les arcanes. Le temps du Lycée est loin et quand je l'ai quitté, l'enseignement n'avait pas encore intégré l'existence de l'ADN…
J'essaierai la semaine prochaine de livrer quelques pistes utiles. Cette semaine quelques remarques pratiques sur les travaux à effectuer au jardin et un état des lieux face à la lutte contre la pourriture bactérienne.

Que faire aux iris en cette fin d'été ?

Terminer les plantations si ce n'est déjà fait

Dans les régions les plus clémentes, on peut encore planter les nouvelles acquisitions, sans trop tarder, car il faut qu'avant les gelées les plants aient eu le temps de s'enraciner.
Penser à les arroser de temps en temps jusqu'à reprise, à les étiqueter soigneusement, et à recopier sur un cahier le plan de plantation : une étiquette peut être dérangée par une taupe, un chat (c'est le sport préféré du gentil greffier de mon voisin) ou encore un enfant.
Ici, c'est fini, provisoirement : les nouveautés ont été installées sur un emplacement provisoire (hélas un peu étroit) en attendant de les installer à leur emplacement définitif l'an prochain (plantation en quarantaine de précaution)


Nettoyer les massifs
Enlever les feuilles sèches en les tirant doucement. Si elles ne viennent pas toutes seules, les couper au sécateur. En tout état de cause, éviter de blesser le rhizome.
Couper les feuilles tachées et seulement celles-ci. La question est souvent posée sur les forums : faut-il couper les feuilles ? La réponse est : non si elles ne sont pas tachées, car le feuillage participe à la photosynthèse qui contribue à la croissance de la plante. On se contentera donc d'éliminer les feuilles trop tachées et plus simplement de les couper au dessus de la dernière tache (de fait on obtient une coupe en éventail)
taille des feuilles tachées 

Désherber

Enlever les mauvaises herbes, car elles constituent un refuge à parasites et nuisibles de toute sorte.
Eviter le round-up et le glyphosate en général qui risque de compromettre la floraison si une goutte atteint le rhizome (monstres). Utiliser la main ou les outils de binage.
Une fois le terrain propre, si l'on n'a plus l'échine souple et (ou) si la surface à désherber est importante, on peut utiliser un désherbant comme le Sencoral qui empêche la germination des dicotylédones. Mais pour qu'il soit efficace, ce produit suppose qu'il pleuve. Par temps sec et sans arrosage ça ne sert à rien.

Traiter si nécessaire

Un traitement à la bouilie bordelaise préviendra les taches du feuillage (hétérosporiose) et aidera (peut-être) à lutter contre les bactéries pathogènes qui n'aiment pas le cuivre.
Précisons que la bouillie bordelaise est acceptée en agriculture biologique…

Donner à manger à ceux qui ont faim

La question des engrais a fait l'objet de débats animés sur le forum de la SFIB. C'est volontairement que nous avons choisi le titre ci-dessus.
La question n'est pas théorique mais pratique. Si votre sol est suffisamment nutritif et si vos iris ne souffrent pas de sous-alimentation, inutile d'en rajouter. Dans ce cas, on se contentera d'aérer le sol par un griffage superficiel et c'est tout. Les rhizomes en "poussant" vont chercher d'eux-même la nourriture dont ils ont besoin, dans  un sol qui n'est pas épuisé.
Avant de déverser des quantités d'engrais (organiques ou chimiques), il faut connaître la nature du sol et comprendre les besoins de ses plantes.
L'iris pour croitre a besoin de potasse qui contribue à l'accumulation des réserves dans le rhizome. Il a aussi besoin de phosphore pour bien fleurir. Sur les sacs d'engrais, ces deux  constituants sont désignés par des lettres (P pour le phosphore, K pour la potasse). Faut-il aussi apporter de l'azote (N), un constituant qui aide à la pousse des feuilles ? On répond généralement "non". Et on a tort. On a tort, parce qu'on ne peut être systématique. Cela dépend de la nature du sol, de sa teneur en matières organiques. Un sol sableux nécessitera un apport d'azote alors qu'un sol argileux et humique n'en n'aura sans doute pas besoin. L'azote parce qu'il aide à la pousse des feuilles a son utilité : les feuilles sont indispensables à la photosynthèse qui permet à la plante d'accumuler les réserves. Avec des feuilles rachitiques, la plante se développera mal.
Mais tout est affaire de mesure : " Rien de trop" ( Meden Agan (μηδὲν ἄγαν)) disaient les Grecs anciens qui avaient inscrit cette devise sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes. 
A trop "bourrer" ses iris d'azote, on favorise la pourriture bactérienne (Erwinia en raffole), au mieux un excès d'azote favorisera la pousse de feuilles au détriment de la floraison. 

Certains disent : je n'utilise pas d'engrais, je fais simplement un apport de terreau ou d'or brun". Mais certains terreaux sont riches en azote et particulièrement les terreaux enrichis en Or Brun, ainsi présenté sur le site de la marque : "Regorgeant d'azote, de phosphore, potasse, fer, calcium, magnésie, oligo-éléments, acides humiques et micro-organismes, il améliore les caractéristiques agronomiques du sol en nourrissant, régénérant et restructurant la terre."
Attention donc à l'apport caché d'azote ! Mais si votre sol en a besoin, cette solution en vaut bien d'autres.

Une saison en enfer

Résumé des chapitres précédents 

Cette année, nous avons ici, tout connu, gel précoce, grele, hétérosporiose, pourriture bactérienne à épisodes multiples, insectes, etc.
Les pertes ont été sévères (près de deux cents pieds dont une cinquantaine de variétés anciennes ou pire encore, très récentes) et les soins pas toujours concluants (180 iris mis en pot après curage, javellisation et sèchage). Voir les rubriques des livraisons précédentes.
Mon hôpital : le "Val de Grâce"
Bilan

Le constat est un peu alarmant. la bactérie a montré des signes de résistance au bain javellisé. Le traitement de certains rhizomes (les plus récents et les plus chers) avec une pommade antibiotique (à titre d'essai et en pot, donc sans risque de dissémination) n'a pas toujours donné de résultat.
L'analyse des conditions d'apparition et de développement de la bactérie a défié toutes nos certitudes. Ni l'exposition, ni le sol, ni l'azote ni les engrais en général n'ont permis d'expliquer la généralisation de l'infection dans des conditions très différentes de sol, d'exposition ou d'apport d'engrais. (Même en pot, dans un terreau stérile en exposition ensoleillée)…
Cela nous laisse perplexe et nous amène à nous interroger sur une dangerosité plus grande de la bactérie devenue plus résistante que parle passé.

La recherche de remède n'aboutit pas pour l'instant (en l'absence de solution antibiotique, interdite dans l'U.E.). Mon enquête auprès des producteurs de légumes sensibles à ce fléau (carottes, pommes de terre) n'a rien donné : ils jettent les tubercules ou racines touchées et changent de terrain l'année suivante). Les ouvrages qui traitent des maladies de l'iris ou des tubercules en général conseillent d'arracher et de bruler. Les pistes d'avenir sont :
•la découverte d'un virus bactériophage. Les virus possèdent en effet la particularité de percer la membrane de la bactérie et de la tuer ou de la rendre inoffensive. Si on a trouve le phage d'Echerichia Coli, on n'a pas, à ma connaissance effectué de telles recherches (ou pas abouti) avec Erwinia. Les enjeux économiques et humains ne sont pas les mêmes. On peut le comprendre.
•le génie génétique : Une modification du génome de l'iris par introduction d'un gene de résistance à la bactérie. Mais l'iris, on l'admettra,  n'est pas une priorité, le cout étant de surcroit  prohibitif. En outre, est-ce vraiment utile de jouer ainsi avec la nature ?

Les semis n'ont pas été nombreux, la pluie de printemps ayant empêché les fécondations. Quatre capsules ont donné une quarantaine de graines. Espérons que parmi celles qui germeront se trouvera l'iris dont je rêve.

En ce moment la sécheresse sévit : 2 mm d'eau en un mois et demi. A plus de 5 € le m3, il n'est pas question d'arroser. Donc, pas de remontée. On se contente des roses qui, plus généreuses que nos fleurs préférées ont la bonne idée de nous donner le spectacle de leur beauté :

Scepter d'Isle Rosier anglais d'Austin

jeudi 28 juin 2012

LA LUTTE CONTINUE

On n'en finira donc jamais ?

Certains se sont étonnés de l'interruption du blog et de la suspension de l'étude sur l'hybridation.
Quelques explications sont nécessaires.
J'ai connu, comme d'autres parmi vous, hélas, une série d'attaques d'Erwinia carotovora, la bactérie tueuse, qui a causé de sérieux dommages dans mes plantations (et m'a obligé à un travail qui n'était pas initialement prévu).
Et ceci en trois vagues successives et sous des formes différentes à chaque fois.

Chronologie :
 •Précocément, dès le mois de mars chez certains amis, puis de façon plus large en avril, notamment chez moi, on note une attaque de pourriture bactérienne qui touche principalement la base des feuilles puis le rhizome. Souvent, c'est la feuille centrale qui jaunit, tandis que l'odeur douceâtre de pourriture (qui vaut à cette pourriture bactérienne le surnom de "pourriture douce") se répand. Enlèvement du rhizome malade, désinfection à la javel du sol et du plant et installation du malade en observation en pot.

L'"Hôpital"


•Une deuxième vague, favorisée sans doute par le printemps pluvieux (ici en Touraine, nous effectuons le "rattrapage" de l'année 2011 particulièrement sèche) fait des ravages dans les nouvelles plantations au moment de la floraison. Soins peu efficaces : difficile d'exposer les rhizomes aux rayons du soleil lorsque celui-ci ne se montre pas. Mais je constate assez vite que cette fois (et particulièrement depuis le 5 juin), la pourriture frappe d'abord les tiges florales (en fleur ou portant une capsule) qui brunissent, deviennent molles tandis que la pourriture gagne rapidement l'ensemble de la plante. Inutile de dire que les essais d'hybridation sont à peu près réduits à néant pour cette année. Début de l'arrachage de plusieurs massifs et replantation des iris indemnes après trempage (javel à 10%) dans un terrain nouveau que j'ai baptisé (on comprendra pourquoi) le "Val de Grâce" !

tige florale atteinte par le milieu. La pourriture descend jusqu'au rhizome

•La troisième vague frappe depuis dix jours, sous une forme beaucoup plus sournoise et que je n'aurais sans doute pas eu le loisir d'observer si je n'avais décidé, pour éviter la propagation, d'arracher tout un massif : la pourriture attaque sous le rhizome, plus exactement dans les parties tendres à la base des feuilles externes
'Romancer' attaqué à la base des feuilles

vue latérale



2e étape la partie tendre du rhizome est attaquée


et pour finir …
Ces images sont prises après curage, trempage et exposition au soleil. On peut constater que dans cette forme d'attaque, la pourriture n'est pas stoppée, malgré, à titre d'expérience, l'utilisation sur deux rhizomes d'une pommade antibiotique.

iris traité sans grand succès
Certains, replantés en pot ont vu la pourriture repartir.


Ici, sur 'Silverado', reprise de pourriture au niveau de l'attache de la tige florale, malgré curage et désinfection.
gros plan de la précédente

Il a donc fallu ne replanter en pleine terre, après traitement, que ceux qui ne présentaient aucune trace de pourriture visible. La moitié des iris jetés et brulés…
Bilan : une trentaine de variétés récentes totalement perdues et une dizaine d'autres en situation précaire avec pronostic vital engagé, comme on dit.

Survivant en situation précaire

Quelques réflexions et une lueur d'espoir

Pour bien comprendre, il faut faire une étude "épidémiologique" : apparition de la maladie, diffusion, résistance.

Une maladie "importée" ?

Il n'y avait pas de pourriture bactérienne dans mon jardin depuis de très nombreuses années, jusqu'à ce que je renoue avec les achats en provenance de l'extérieur en 2010 et 2011. Une livraison "européenne" présentait un cas d'iris pourri dans le carton. L'iris a été éliminé, mais la bactérie avait sans doute eu le temps de se multiplier dans l'atmosphère confinée du carton. Au réveil de la végétation, les iris contaminés se sont mis à pourrir à leur tour.
Dans un deuxième temps, la pourriture s'est étendue à des plantations de l'année précédente qui s'étaient jusqu'alors développées sans problème.
Enfin, les massifs plus anciens ont à leur tour été atteints que je croyais devoir être épargnés
D'où l'importance des recommandations données précédemment sur la nécessité d'une "quarantaine" pour tous les nouveaux arrivants dans le jardin. Même quand il y a des contrôles phyto-sanitaires, une bactérie dormante n'est pas nécessairement décelée. Et pour les importations en provenance de l'U.E, il n'y a pas, à ma connaissance, d'obligation de contrôle.
Certes, les producteurs sont attentifs et ce n'est pas dans leur intérêt que de vendre des plants malades et il n'est pas question de les incriminer. Lawrence Ransom me dit les soins qu'il pratique avant toute expédition de rhizomes et il y a lieu de penser que c'est la cas de l'ensemble des professionnels. Mais il peut y avoir à un moment oubli, voire résistance particulière (ce que je constate dans mon "hôpital")… Et les échanges peuvent contribuer à la dissémination. D'où une vigilance "prudentielle" nécessaire.
Nul, en effet n'est à l'abri de cette peste, même si beaucoup sont épargnés. Sur le blog de l'AIS (société américaine des iris), Bryce Williamson disait récemment n'avoir pu sauver qu'une soixantaine de semis sur 3000 à cause d'une maladie dont il ne précisait pas la nature. On peut supposer (avec prudence) qu'il s'agissait de pourriture bactérienne… (même si aux E.U. le scorch et la pyrale de l'iris (iris borer) sont susceptibles de causer de très importants dégats)

Les facteurs de propagation

•les conditions climatiques exceptionnelles : l'humidité de ce printemps : Erwinia est une bactérie aérobie, qui se développe donc en milieu humide…
•la présence de nombreux insectes piqueurs : moucherons, moustiques, etc qui ont porté de plante en plante la bactérie

Une résistance plus forte aux traitements

Le trempage dans une solution javellisée, le séchage au soleil (rare et incertain cette année) et même sur quelques plants l'utilisation d'une pommade antibiotique (à titre d'essai) n'ont pas permis de toujours guérir les plants malades. Dans le passé, ce traitement avait été efficace.
On verra ce qu'il en est des rhizomes apparemment sains, qui ont subi le même traitement (javel + soleil) avant replantation.

Une atteinte variable en fonction des variétés ?

Certains cultivars se sont révélés plus sensibles que d'autres à la pourriture. Ainsi 'It's Magic' planté pourtant en trois endroits différents a quasiment disparu.
'Cheeky', 'Romancer' ont été aussi fortement touchés, tandis que d'autres résistaient mieux, situées pourtant à coté : 'Who's Your Daddy', 'Starring'.
'Westpointer' semble assez sensible, comme d'ailleurs certains de mes iris préférés ('Disguise', 'Bratislavan Prince', Brown Lasso).

Une lueur d'espoir

Certaines plate-bandes, situées loin de la source primaire d'infection n'ont pas été touchées. Ce qui remêt à leur juste place les conditions météorologiques : facteur de propagation et c'est tout !
On peut donc penser qu'avec une hygiène de plantation : trempage systématique des plants reçus dans la solution à 10% + quarantaine pendant deux ans, on devrait pouvoir rester à l'abri de cette peste et considérer l'iris comme une plante qui résiste à (presque) tout.

J'ai terminé, pour l'instant,  mon travail de replantation et devrais pouvoir reprendre une activité plus régulière sur ce blog

mercredi 13 juin 2012

Floraisons 2012

Une année moyenne pour une floraison gachée par le temps

Sur une centaine de nouveautés, un bon tiers seulement a daigné fleurir. Plusieurs causes à cela : le sol de mon jardin n'est guère favorable et les iris mettent quelque temps à s'installer. Mais en plus, un printemps précoce suivi d'un hiver tardif et prolongé, et un retour de printemps pluvieux et froid, voilà qui n'a certes pas arrangé les choses.
Beaucoup de mal à prendre des photos sans pluie, et à conserver des fleurs en bon état. Un orage de grèle particulièrement violent nous a privé de la floraison de quelques iris dont les tiges ont été irrémédiablement cassées.
La floraison, plus tardive a été aussi beaucoup plus groupée que d'habitude. Parmi les premiers iris à s'ouvrir 'Echo de France' (Anfosso 1984) et 'Who's your Daddy' (Blyth 2001). Parmi les derniers 'Bragadoccio' (Keppel 1997) et Speed Limit (Lauer 1992) un magnifique iris avec un branchement superlatif et de grosses fleurs bleues éclairées d'une tache blanche sur les sépales. Ce sera son chant du cygne, car la pourriture l'a irrémédiablement emporté.
Cela risque d'être le cas de beaucoup des iris photographiés ici, car la pourriture bactérienne fait en ce moment des ravages, et les traitements semblent impuissants à la stopper.
Mais ne boudons pas pour autant un plaisir ephémère ! Revue de détail :

AFFAIRE (Blyth 1992 )

L'Iris n'est pas très haut, peut-être du fait des conditions météo particulières. Mais les couleurs sont vives (et assez différentes de deux des trois photos de twiki). Sa vigueur semble très moyenne pour l'instant

Amplified (Ghio 2000)

Planté en 2010 il a fleuri cette année pour la première fois. C'est un iris très brillant : une tache de couleur que l'on remarque de loin. Vigueur et prolificité moyenne

Awesome Alex (Burseen 2004)

Un bel iris à éperons, d'une couleur assez douce. Se développe correctement ici.

Barbanera (Bianco 2001)

Belle forme, mais la barbe est plus brune que noire !

Black Suited (Innerst 2000)

C'est ici, le plus noir des "noirs". Une tige bien ramifiée qui se tient bien, une multiplication convenable. C'est vraiment un iris qui attire l'œil.

Bold Fashion (Schreiner 1988)

Première floraison, un bel iris, mais qui pour moi manque un peu de substance. Sa forme est aujourd'hui un peu "dépassée", mais il se tient bien et est assez lumineux 

Calicot Cat (Carr 2000)

Un Iris de bordure très agréable à regarder. Assez prolifique. Comme beaucoup d'iris de bordure, il n'atteint pas les 80 cm et les fleurs, plus petites sont harmonieusement proportionnées. On ne se plaindra pas de la taille : au moins les tiges ne sont elles pas couchées par le vent

Calliope Magic (Turner 1995)

Un abricot assez vif, bien formé, vigoureux et prolifique

Cherry Blossom Song (Schreiner 2002)

La photo ne rend pas vraiment hommage à cet iris. Il faut dire que les jours sans pluie ont été assez rares. Il ressemble à un 'Latin Lover' amélioré. La couleur est vive et la barbe orange fait vibrer l'ensemble

Comic Opera (Sutton's 2005)

J'aime beaucoup l'élégance, la forme et le coloris. Un iris qui arrête tout de suite le regard.

Concertina (Sutton 2000)

Un Iris intermédiaire, qui vient de chez mon amie Joelle. La barbe bleue fait un violent contraste avec la douceur rosée des tépales. Beaucoup de charme. Un iris très "féminin"

Conjuring Cat (Black 2005)

Les iris de Paul Black ont quelque chose d'indéfinissable que les autres n'ont pas. Une marque de fabrique, en quelque sorte. La légère bordure dorée des pétales ajoute à la magie. J'en suis tombé "amoureux" à sa première fleur. J'imagine quelle touffe cela fera dans trois ou quatre ans, si la maladie veut bien l'épargner.

Crowned Heads (Keppel 1997)

Peut-on faire mieux en matière d'amoena inversé ? Beaucoup y travaillent aux Etats-Unis et en France    (où Michelle Bersillon obtient d'intéressants résultats). Mais la route est longue et la pente est raide…

Danse for Us (Blyth 2000)

Le nom a lui seul décrit la fleur,  un rose de grâce en ballerines

Épanouie (L. Ransom 2007)

Cette création de notre spécialiste français des arils et arilbreds, Lawrence Ransom, ressemble beaucoup à sa mère Edith Bubbles, ce qui n'enlève rien à son charme, au contraire. Une belle réussite.

Evening Mist (Dunn 1982)

Un iris déjà "historique" puisque trentenaire, avec cette forme frou-froutante assez carctéristique des goûts du moment.
Une bonne tenue et une vigueur moyenne
Encore quelques photos dont certaines ont été déjà vues sur mon compte flickr :
H.C. Stetson (R. Stetson 2003)

La Scala (Keppel 2008)
Lily my Love (Blyth 2000)

Mon cœur se serre en pensant que ce magnifique iris est en train de lutter pour ne pas mourir, dans le pot où je l'ai installé pour tenter d'arrêter la pourriture qui le dévorait. Survivra-t-il ? Je l'espère


Maid Orange (Aitken 1989)

Mastery (Blyth 2001)

Je pense à un variegata de la vieille époque, un fidèle parmi les fidèles (Accent). Quel chemin parcouru depuis ! Souhaitons lui autant de vigueur et de résistance

Poet's Rhyme (Keppel 2006)

Un autre superbe amoena inversé photographié "hors sol". C'est une "photo souvenir", car il est mort.


Spring Wings (Sutton 2010)

Une fleur énorme qui a eu quelque difficulté à pousser. Une forme vraiment superbe. La vigueur semble, ici, très moyenne. Attendons l'an prochain ou plus…

Sunset street (Krupka 2004)

Une fleur très lumineuse de l'hybrydeur tchèque Zdenek Krupka



Tuscan Villa (Blyth 2002)

Un autre jaune, ravissant et lumineux

Walking on Air (Black 2001)

Cet iris somptueux ne peut renier sa mère (Honky Tonk Blues) dont il a hérité les incomparables qualités.

Westpointer (Sutton's 2001)

Une petite merveille. La photo parle d'elle-même.

Williamette Mist (Schreiner 2001)


Et pour terminer cette galerie (par ordre alphabétique) un iris que je n'aime pas de quelqu'un pour qui j'ai la plus grande admiration :

Zobor (Mego 2004)

Quand j'ai vu fleurir cet iris, je me suis demandé pourquoi je l'avais acheté, tant il représente pour moi un contre exemple esthétique : coloris plutôt "fadasse" hystérisé par une barbe criarde. C'est personnel, je le sais. Mon épouse me trouve sévère, mais c'est ainsi. Autant j'admire la plupart des créations du génial Slovaque : 'Blue Danube Waves', 'Ujlak', 'Zlatovlaska', 'Bratislavan Prince' (mère très prolifique, mais morte en couches),' Slovak Prince', autant ce 'Zobor' me révulse. Mais comme j'ai le droit d'évoluer, je lui donne une année de plus et autant à moi pour changer, éventuellement, d'avis.

A l'année prochaine… pour la suite des photos…


La semaine prochaine, un complément d'enquête sur la pourriture bactérienne et un retour sur l'hybridation. 




vendredi 8 juin 2012

Annus Horribilis

Une saison calamiteuse pour beaucoup avec un développement sans précédent de la pourriture bactérienne


Quand les éléments s'en mèlent !

La lecture du forum Iris et Bulbeuse est un peu déprimante cette année. Beaucoup d'amateurs se plaignent d'une saison marquée par les dégâts dus au gel, à la pluie, à la grèle. Retard de floraison, feuilles tachées, tiges coupées ou rabattues par le vent, et par dessus tout, pourriture bactérienne en pleine expansion. Nos amis du Gers et du Tarn et Garonne ont été épargnés. Tant mieux.
Les professionnels ne semblent pas non plus avoir été laissés à l'écart de ces tourments, ce qui justifie le titre de ce jour.
Dans mon jardin, les ennuis ont commencé assez tôt, conséquence des deux périodes de gel en mars et à la mi avril : les iris en pot ont pour la plupart péri. Beaucoup d'iris qui avaient commencé à "démarrer" leur végétation, ont été, si l'on peut dire "cueillis  à froid" et une première pourriture s'est installée qu'il a fallu éradiquer. Dès avril, la pourriture bactérienne a commencé à se manifester dans quelques endroits, puis s'est étendue, et avec le temps, lui aussi pourri, de ces derniers jours, a connu un regain de vigueur.
Aussi faut il travailler sans relâche dans le jardin (éliminer, soigner, déplacer), ce qui explique le retard pris par cette chronique.

La météo de cet hiver et de ce printemps est le plus souvent invoquée pour expliquer tous les désagréments enregistrés. Et elle y est sans aucun doute pour quelque chose.

Mais la météo ne saurait tout expliquer à elle seule !

Un constat fait par plusieurs amateurs pose en effet question : alors que certaines plate-bandes étaient infectées, d'autres restaient indemnes de toute attaque de pourriture.
Même remarque chez moi. J'essaie de comprendre.
J'ai dans mon jardin, deux sortes d'emplacements pour mes iris :
               -un emplacement que je réserve aux nouveautés acquises depuis 2010 et qui fait l'objet de tous les soins, ne serait-ce que parce qu'on attend toujours avec impatience la floraison des petits nouveaux que l'on a admirés sur catalogue, mais aussi, le plus souvent en raison de leur prix, élévé pour les plus récents
               -des emplacements moins surveillés où se trouvent des variétés plus anciennes. Ainsi, une plate bande à l'extérieur, en bordure de haie (avec des variétés très classiques, de celles qu'on peut me faucher [si, si , ça arrive !] sans qu'il y ait drame.

Or, les pourritures se produisent à 95 % presque essentiellement dans l'emplacement le plus soigné. Comment l'expliquer ?

Plusieurs explications me viennent à l'esprit :

1-La possibilité que la bactérie ait voyagé avec les iris. Le responsable serait-il le "fournisseur" (marchand ou ami) ?
2-Les plate-bandes préparées pour recevoir les nouveautés auraient fait l'objet d'un excès de "soin" : trop d'engrais trop frais, pas assez absorbé par le sol.
3-Un déséquilibre du sol, trop acide

•La première possibilité se heurte apparemment à une constatation : en 2011, il y a eu peu de pourriture et c'est seulement en 2012 que les iris plantés cette année-là ont développé la pourriture bactérienne. Peut-être le manque d'eau caractéristique de l'an dernier (20 mm d'eau de février à Juillet) a-t-il empêché le réveil et le développement de ces bactéries restées "dormantes".
La possibilité de persistance des bactéries dans un envoi est une réalité, de même que l'existence de foyers de pouriture bactérienne chez les fournisseurs. Ceci dit, les profesionnels connaissent les précautions à prendre, et en général, aux Etats-Unis, En Europe comme en France ils laissent sécher les rhizomes au soleil, après les avoir si besoin est, trempés dans un bain javellisé.
Notre ami Lawrence Ransom m'explique son mode opératoire :

"Depuis une dizaine d’années, à la préparation d’une commande, après lavage des rhizomes pour ôter la terre, je les passe, comme chez Suttons, 15 minutes dans un bain de trempage d’environ 10% d’eau de javel. Cela me rassure. Fini les bains de produits fongiques qui ne servent à rien, comme vous le savez, contre les bactéries. Puis quelques heures en plein soleil sur des claies de grillage."


•La deuxième possibilité renvoie aux conditions d'apparition de la maladie et de développement de la bactérie.
Ce que l'on sait d'Erwinia caratovora on le doit surtout aux travaux effectués à propos des cultures alimentaires touchées par cette peste (carotte, betterave, pomme de terre, etc…)

Voici ce que disent des scientifiques ayant étudié le problème sur les tubercules de pomme de terre :

 Aussitôt que les conditions sont favorables, les bactéries se multiplient de façon explosive. Ils produisent maintenant assez d’enzymes (pectinase) pour dissoudre les parois cellulaires des tubercules et des pousses, et la maladie se déclare. C'est souvent le cas lors de conditions humides et d’anaérobies. Un manque d'oxygène abaisse la capacité défensive du végétal. Les conditions sont propices lors d’une battance superficielle des sols (p. ex. après de violents orages), avec la présence d’eaux de retenue et lors de compactage. 
Dans le sol, plus les conditions sont humides, plus les bactéries sont mobiles. L'humidité et un manque d’oxygène ont aussi pour conséquence que la couche subéreuse des lenticelles gonfle sur le tubercule et devient perméable. De cette façon, les bactéries peuvent pénétrer plus profondément dans la peau des tubercules. 

En tout état de cause, un sol trop riche en azote, mal drainé, et trop finement émietté (les bactéries se développent mal sur des parois lisses) serait une condition favorable au développement de la bactérie. Ceci expliquerait peut-être que les dégâts se rencontrent plus fréquemment dans les sols trop amendés. J'ai émis précedemment l'hypothèse que la concurrence d'adventice pouvait limiter les dégats, celles-ci consommant prioritairement l'azote du sol, mais cela reste à vérifier…

•la troisième possibilité est plus hasardeuse, car ce que redoutent les bactéries, c'est un sol très acide  : les conditions idéales de prolifération se situeraient autour d'un PH neutre (5,5 / 7,5). Mais il est possible qu'un déséquilibre du sol favorise sa prolifération.

Comment lutter efficacement ?

Sans vouloir désespérer qui que ce soit, il n'existe actuellement aucune méthode chimique, reconnue et autorisée capable de guérir les exploitations attaquées par la bactérie. Les méthodes résultent principalement de la prévention et de la rotation des cultures

1- Considérer tout rhizome arrivant dans le jardin comme potentiellement porteur de la bactérie.

Donc, plonger les rhizomes dans un bain d'eau javelisée à 10% pendant 20 minutes, puis laisser ressuyer au soleil pendant un jour ou deux.
Planter les nouveaux venus de façon espacée (environ 30 à 40 cm et avec un écartement d'un mètre entre les rangs) sur un sol propre n'ayant pas porté d'iris depuis environ 5 ans.
J'adopte, pour ma part, le principe de la "quarantaine" : tout  iris nouveau est planté dans un carré particulier pour observation pendant deux ans.

2- Eviter autant que faire se peut la monoculture et  faire "tourner" les cultures

En effet, la monoculture favorise la prolifération des agents pathogènes. Une rotation des cultures tous les 4 ans après division est une bonne solution.

3-Eviter l'excès d'engrais

Principalement les engrais chimiques et plus particulièrement l'engrais azoté qui favoriserait la prolifération d'Erwinia.

4-Eliminer systématiquement les feuilles abimées et éviter de blesser les rhizomes


Par les blessures du rhizomes, les vers taupins ou les larves de toute sorte peuvent pénétrer et constituer des voies d'accès pour la bactérie


5-Appliquer des traitements préventifs ?


- à l'automne on préconise la pulvérisation de produits à base d'Hydroxyde de Cuivre (1,6 kg/ha), contre les bactérioses. Je n'ai pas essayé.
-les jardiniers bios préconisent l'utilisation de tisane d'ortie et de décoction de prèle. Mais peu d'entre eux peuvent confirmer une réelle action positive de ces pratiques.
Les expérimentations réalisées dans le cadre de VETAB n'ont pas permis de confirmer une action protectrice significative de ces diverses alternatives dans des conditions de forte pression de maladie. Par ailleurs, des tests de lessivage ont montré que ces produits étaient tous très sensibles au lessivage par les pluies. 


6-Qu'en est-il des traitements curatifs ?


L'utilisation d'antibiotiques.
La streptomycine a été utilisée pour combattre une autre bactérie du genre erwinia : E. amylovora responsable du feu bactérien, avec un taux de réussite de 90%. Mais son usage, autorisé sous certaines conditions en Suisse, est interdit dans l'U.E.
Aux Etats-Unis, des préconisations indiquaient l'utilisation d'une pommade antibiotique à base de comprimés de tetracycline écrasés dans de la glycérine et appliquée sur les parties curées. (En fait toute pommade antibiotique capable de traiter les bactéries aérobies a le même résultat (auréomycine, tetracycline, streptomycine, etc). En France on proscrit l'usage d'antibiotiques dans l'agriculture. 
La désinfection des plants et des sols
Le sauvetage des plants infectés suppose qu'ils soient arrachés, jetés si c'est irrécupérable (et brulés) ou curés, traités avec une solution javellisée ou du permanganate puis exposés au soleil, avant d'être replantés sans un endroit sain. Le sol infecté sera arrosé d'une solution javellisée et ne sera pas réutilisé avant deux ou trois ans.
Ne pas oublier que la bactérie est résistante. Les bactéries sont apparues bien avant l'homme et elles ont utilisé toutes les "ruses" que la nature autorise pour se perpétuer. Je pense que lorsqu'on a soigné un iris, il ne faut pas relâcher la vigilance. Mon expérience de cet hiver m'a rendu méfiant. J'avais eu quelques atteintes de pourriture sur des plants reçus de l'étranger. J'ai soigné les malades, installés dans des pots et j'ai même utilisé, pour les plus coûteux d'entre-eux (mais hors sol) une pommade antibiotique (auréomycine) sur les plaies. Les iris semblaient guéris, avaient même recommencé à pousser. Le gel leur a été fatal et de façon curieuse. On peut comprendre que les plantes en pot soient plus sensibles au gel et puissent en mourir. Mais cela s'est accompagné d'une reprise de la pourriture bactérienne décelable à l'odeur…


Trouver des solutions d'avenir ?


Bien sûr, la solution la plus satisfaisante, serait de trouver des variétés résistantes à la bactérie. Cela a été tenté pour les cultures légumières et arbustives, mais cela reste à faire pour notre plante préférée. D'autant que s'il est assez simple d'améliorer une variété de poirier pour la rendre résistante au feu bactérien (je pense aux Passe Crassanes), il en va tout autrement pour les centaines de cultivars d'iris introduits chaque année.
On a tenté le séquençage du génome de souches d'Erwinia amylovora. Je n'ai pas trouvé trace d'études semblables pour E. Carotovora.
Il faudra sans doute un jour se pencher sérieusement sur cette question.




On terminera ainsi cette triste revue. La prochaine publication (très proche) portera, de façon plus réconfortante et illustrée sur les floraisons 2012. 

vendredi 11 mai 2012

Hybridation et génétique (2)

L'abondance et l'importance de l'actualité, qui nous éloigne un peu des claviers, explique le retard et le caractère plus étriqué de la chronique de ce jour. On voudra bien nous le pardonner… 


Alors que je rédigeais la partie de cette chronique consacrée au modèle plicata et que je faisais des recherches, j'ai été arreté par une constatation et une réclamation.

Un lecteur ami m'a gentiment fait remarquer qu'à raison d'un modèle par semaine, la saison d'hybridation serait passée et qu'on n'aurait guère le temps, faute de pollen encore disponible ou de réceptacle toujours présent de mettre en pratique les conseils. Voilà pour la réclamation. Message reçu !
Le constat concernait l'existence de travaux antérieurs sur la question, mais nichés au fond d'une archive du Web. Notre ami Sylvain Ruaud, s'est penché sur son blog érudit (Irisenligne.blogspot.com/) sur ces questions des modèles (plicata (23/4/2005), variegata (7/01/2005), luminata ((6/5/2005) à bordure dorée (11/11/2005), ou maculosa (Broken colours)) et a fourni des informations et des références précieuses qu'il serait présomptueux et inutiles de dupliquer. On aura profit à parcourir les précieuses archives de ce blog, qui est, pour l'amateur une mine de renseignements de toute sorte.

Je me contenterai donc pour cette semaine, de rappeler quelques règles de bases en matière de génétique qui commandent la distribution des pigments colorés et de renvoyer aux liens qui fournissent tous les détails concernant les modèles. Ceci dit, je ne renonce pas à fournir quelques informations complémentaires si je le peux dans les semaines qui viennent. Puis, pour aider nos hybrideurs amateurs et surtout ceux qui se lancent dans l'aventure, de rappeler quelques évidences sur le choix des parents.



Du bon usage des "mauvaises herbes"…

Comme plusieurs amateurs, j'ai fait un constat étonnant en ce printemps paradoxal qui a associé la douceur de février, la brutalité transie de mars avril, et la pluviosité excessive des 15 derniers jours. Alors que certaines de mes plate-bandes les plus soignées étaient atteintes de toutes sortes de maladies (taches du feuillage, pourriture bactérienne), celles qui avaient, par manque de temps, été négligées et se trouvaient envahies par l'herbe ne présentaient aucune atteinte de maladie et se préparaient à fleurir abondamment.
Ce phénomène étonnant, contraire à tout ce que l'on sait et qu'on lit sur la culture des iris m'a amené à une réflexion.
La recrudescence des maladies constatée dans plusieurs jardins peut-être due à l'importation d'organismes malins (champignons, bactéries). Mais, et je le crois de plus en plus, à un déséquilibre de nos sols : trop d'engrais, trop d'azote, favorable apparemment au développement des bactéries comme E. Carotovora.
C'est la bonne santé des adventices dans mes deux plate-bandes non désherbées qui m'a suggéré une réflexion : ces plantes gourmandes en azote ne joueraient elles pas un rôle utile, en assimilant le "trop-plein" d'azote, évitant ainsi les problèmes évoqués plus haut ? C'est une piste à creuser.
En attendant j'en tire quelques conclusions provisoires : associer les iris (autant que faire se peut) à d'autres plantes capables de manger l'excès d'azote et d'éviter les inconvénients de la monoculture, responsable de bien des désagréments rencontrés.


Hybridation (2) : le choix des parents

Marier deux iris "moches" (si, ça existe !) a peu de chance de faire naître de beaux bébés. Mais marier deux beaux iris ne signifie pas nécessairement que les enfants seront à la hauteur des parents ni des espoirs qu'on a formés (Ce serait trop simple). Nous dirons que c'est une condition nécessaire mais pas suffisante.

En outre la génétique des pigments (la prochaine chronique sera consacrée à cette question fondamentale pour l'hybridation, mais compliquée !) obéit à des règles qui ne sont pas celles de la peinture. Marier un iris bleu à un iris jaune ne donnera pas un iris vert et encore moins un iris à pétales jaunes et à sépales bleus.
Depuis quelques décennies, nos connaissances en matière de génétique des iris ont fait d'énormes progrès. On sait comment fonctionne la distribution des pigments colorés, on localise à peu près les gènes qui les portent. Ce qui n'empêche pas les controverses, comme en témoigne l'ouvrage de Dan H. Meckenstock :  Breeding Red Irises. Mais d'autres caractéristiques que la couleur sont plus difficiles à maîtriser car contrôlées par plusieurs gènes ou par des combinaisons encore mal connues.
Je suis en train d'essayer de synthétiser plusieurs publications sur la question. Hélas elles sont toutes en anglais, et cela nécessite une attention particulière qui prend du temps au "bon Français" que je suis, c'est à dire assez médiocre pour la maîtrise de l'anglais…

Les impasses des mutations provoquées

Les tentatives effectuées pour provoquer des mutations en utilisant la colchicine ont semble-t-il déjà donné tous les résultats qu'on pouvait en attendre. L'irradiation des graines n'a rien donné et les recherches entreprises par feu Rick Ernst avec l'université de l'Oregon pour obtenir un iris rouge après décryptage de l'ADN de l'iris n'ont pas été couronnées de succès.

Les croisements avec iris aphylla et ses descendants

Aujourd'hui des résultats interessants semblent être obtenus en effectuant des croisements entre nos iris modernes et des iris "sauvages" (des espèces) ou leurs descendants. Examinons simplement un exemple 

Photo Wikipédia
 Iris Aphylla est une espèce présente dans une aire géographique très vaste Europe du Nord et de l'Est, Afrique du Nord, Balkans, Asie. C'est une espèce originaire d'Europe où elle prospère dans certaines stations montagnardes et en Pologne.
Elle a été l'objet de croisements et de mutations spontanées puisque les nombreux cultivars que l'on rencontre, présentent des différences sensibles au niveau de la couleur et de leur patrimoine génétique. [Une étude approfondie sur des stations de Pologne, met en évidence ces différences génétiques. (High levels of genetic diversity in populations of Irisaphylla L. (Iridaceae), an endangered species in Poland in Botanical Journal of the Linnean Society, 2003, 142, 65–72.)
Pour des précisions sur cette espèce voir la fiche de J.L. Latil dans Iris et Bulbeuses n°127 (1997) : http://www.iris-bulbeuses.org/bulletin/127-13.htm]

Quand on utilise Iris Aphylla dans des croisements, ce qu’on recherche : un branchement plus bas (les premières branches sont presque au niveau du sol) donc plus de fleurs et des fleurs plus petites. 

Ainsi Dolce  (Paul Black 2002) dont le pedigree inclut un semis d'I. Aphylla : F175BB: ('Northern Jewel' x 91196A: (8864B: (('Navy Waves' x 'Bride's Halo') x sib) x C. Palmer aphylla seedling)) X B194C: ('Abridged Version' x 91135D: (('Center Fold' x 'Wings Of Dreams') x 'Birthday Gift'))
a fait sensation dans le monde des iris. L'introduction de ses gènes a permis, tout en conservant les carctéristiques de couleur et de forme d'un iris moderne de diminuer la taille des fleurs et de favoriser la ramification des tiges. C'est un iris de surcroît vigoureux et prolifique donnat rapidement de grosses touffes florifères.
Dolce Photo Twiki
Passons à la pratique

Essayons dans un premier temps d'en rester à des pratiques à la portée de l'amateur.

L'amateur va donc choisir deux iris de qualité (qualité reconnue par les distinctions obtenues, mais aussi par le comportement de ceux-ci dans son propre jardin). 
Dans ce choix, intervient le but qu'on s'est fixé

Plusieurs chemins sont possibles. Commençons par deux possibilités assez simples :

-soit améliorer une couleur (un iris uni. Les anglo-saxons parlent de "self"). Sur le forum de la SFIB, un amateur posait cette question : comment obtenir un iris vraiment bleu et débarrassé de ses tonalités violettes. La même question peut concerner les iris dit "noirs" (peut-on les débarrasser du violet ou du pourpre qu'ils contiennent ou tout au moins les minorer), les "rouges" (comment les débarrasser des tonalités brunes), les roses (comment enlever le pourpre ou l'abricot qui les nuance) etc.

-soit essayer des "mélanges" de couleurs. Ces "mélanges" existent spontanément dans la nature : ce sont par exemple les amoenas (pétales blancs et sépales jaunes ou bleus) ou les variegatas : (pétales jaunes, sépales bruns). On a déjà obtenu des "inversions" (ce sont les amoenas inversés où les pétales sont bleus et les sépales blancs). On peut chercher à renforcer ces caractères en améliorant la pureté des couleurs. On peut chercher à innover en créant des contrastes nouveaux.
Un contraste particulièrement remarquable m'a beaucoup frappé par son intensité et sa nouveauté : Starring de Ghio (1999) : pétales blanc presque pur, sépales rouge violet très foncé tirant sur le noir.


 A partir de là on peut rêver du même à l'envers : pétales rouge violet sombre, sépales blancs. Ceratins imaginent même pouvoir obtenir un bicolore rouge/noir. Un vrai projet pour les décennies à venir, puisqu'aucun de ces deux coloris n'existe vraiment dans le monde des iris. 'Who's your Daddy' un "rouge" foncé bitone est un peu une avancée dans ce domaine. 
Who's your Daddy (Blyth) Photo G.R.

Comment procéder pour les croisements ? 

Dans le cas n° 1, auquel on accordera aujourd'hui la priorité, on choisira deux variétés qui possèdent à la fois un coloris pur, mais aussi (car un iris n'est pas seulement ce qu'on voit, il est aussi toute la mémoire génétique qu'il contient) un pédigrée  présentant de nombreux ascendants en conformité avec le but recherché.
Pour cela, soit on consulte pour chacun des parents la check-list de l'American Iris Society (AIS), soit son encyclopédie en ligne Twiki (http://wiki.irises.org/bin/view/Main/WebHome).
Remonter dans un pedigree, consulter les photos des ancêtres, prend du temps. C'est un exercice qu'il convient de préparer à l'avance.

On a choisi les parents, on effectue le croisement (dans les deux sens, l'un jouant d'abord le rôle de père et l'autre la mère et inversement). Les caractères portés par la mère ou le père n'étant pas les mêmes (on expliquera cela plus tard), on peut obtenir des choses sensiblement différentes.
Les rejetons obtenus seront ou non conformes aux attentes. On sélectionnera le ou les individus les plus proches du but espéré et là deux voies s'ouvrent à l'hybrideur :
                    • soit pour améliorer le bébé obtenu qui semble intéressant mais dont certains traits peuvent être corrigés on le croise à nouveau avec un autre iris mieux doté pour les défauts à corriger,
                    • soit on pratique l'inbreeding (très utilisé aux E.U par Spoon et source de nombreuses controverses), c'est à dire qu'on le marie avec un des frères de semis réalisant ainsi un mariage consanguin (c'est le sens du mot inbreeding).

Les généticiens considèrent en général, que les changes d'amélioration d'une population sont d'autant plus grandes que les parents sont génétiquement éloignés. C'est à cette condition seulement que peut se manifester l'heterosis (ou vigueur d'hybride). L'inbreeding, type de croisement consanguin amène souvent les caractères récessifs à se manifester et favorise l'expression de mauvais allèles. La "dépression de consanguinité" se traduit en effet par une perte de diversité génétique susceptible d'affaiblir les capacités de résistance de la plante à certaines attaques de l'environnement. Cette consanguinité a parfois été avancée pour expliquer le manque de résistance de certains cultivars aux maladies qui frappent les iris.

Alors pourquoi utilise t-on quand même cette méthode ?

Pour une raison simple, c'est qu'on obtient parfois de belles choses. Un des promoteurs de cette méthode, Donald Spoon cite le cas des croisements effectués par lui entre 'Uncle Charlie' avec un frère de « Lady of Leoness' à partir du croisement inversé de (Honky Tonk Blues X Silverado) qui a produit «Uncle Charlie». De ce croisement inversé avec un frère de semis, il a obtenu 'Orchid Dove' très apprécié. «Orchid Dove » a plusieurs traits récessifs qu’on ne ne trouve pas dans l'un des parents ou grands-parents. parmi ces traits 'récessifs' : la couleur "orchidée" et la dentelure des pièces florales que ce croisement aurait permis d'exprimer…
Uncle Charlie (photo Twiki)
Orchid Dove (photo Twiki)

Mais aussi parce que Donald Spoon, y voit (à tort ou à raison), le moyen de renforcer certains pigments nécessaires à l'obtention de coloris nouveaux. On lira avec profit les quelques lignes que Sylvain Ruaud a consacrées à sa recherche du rouge (iris en ligne du 4//03/2005)

(à suivre…)